Formules 1 March Leyton House

Un des projets les plus ambitieux réalisé par Rivard Compétition fut sans aucun doute la restauration de cinq Formule 1 March/Leyton House. Cette longue aventure prit plus de cinq ans. En voici un aperçu.

Le projet de restauration

À l’époque, Rivard Compétition avait été approché par un collectionneur américain qui avait acheté cinq Formules 1 March/Leyton House dans le but de les remettre en marche. Le collectionneur américain a donc envoyé les voitures de course à Deschambault pour les restaurer. Du coup, une section complète du garage a été réservée aux Formule 1 et le fameux vert de l’écurie Leyton House était partout. À l’exception de la 1988 qui était beaucoup plus avancée, les voitures étaient toutes en pièces détachées dans des boîtes piètrement identifiées, si bien qu’on avait l’impression d’avoir à faire à un casse-tête géant!

Comme on l’a mentionné, seule la 1988 avait un moteur et celui-ci n’était pas en état de marche. Jacques dut procéder à une mise-au-point du moteur et refaire le système électrique. La restauration des quatre autres March fut beaucoup complexe. Tout était dans des boîtes et plusieurs composantes étaient manquantes. Étant donné l’impossibilité de trouver des pièces de remplacement pour ce type de voiture, certaines pièces des transmissions à panne sèche (dry sump) ont dû être dessinées et fabriquées. Ce fut le cas également pour les systèmes d’alimentation en huile des quatre transmissions et des lignes d’alimentation en essence. Pour ce qui est des moteurs, trois des cinq Judd 3.5L ont été complètement reconstruits.

Les suspensions ont été complètement refaites et reconfigurées sur les cinq voitures. D’ailleurs, l’alignement et l’ajustement des ratios de course des amortisseurs s’est avérée une tâche particulièrement ardue. Jacques et son équipe ont aussi installé de nouveaux freins et inventé un mécanisme de démarrage pneumatique afin de faire fonctionner les moteurs Judd. En bout de lige, les cinq March ont quitté le garage prêtes pour la course… Pas avant que l’équipe ne se soit habituée au son presque musical (quoique un peu bruyant!) des Judd V8!

 

L’histoire derrière le volant

March Engineering

Fondé à la fin des années soixante à Bicester au Royaume-Uni par Alan Rees, Graham Coaker, Robin Heard and Max Mosley (oui, LE Max Mosley), March Engineering a été omniprésent dans les divers circuits professionnels pendant une trentaine d’années. En dépit de n’avoir remporté que trois victoires en Formule 1, March a vu plusieurs excellents pilotes et futurs champions du monde se succéder derrière le volant de ses voitures. Parmi ceux-ci, on compte notamment Niki Lauda, Jean-Pierre Jarier, Henri Pescarolo et Ronnie Peterson.

Si les résultats en Formule 1 n’ont pas toujours été à la hauteur des espérances, March a cependant été une marque dominante dans d’autres circuits de haut niveau. En effet, March a remporté six championnats en Formule 2 européenne dont deux en trois saisons au cours des années soixante-dix alors qu’ils formaient avec une combinaison redoutable avec le motoriste BMW[1]. March a aussi fait le saut en Amérique du Nord où ses monocoques ont connu beaucoup de succès dans la série Indy Cart. Des voitures March y ont en effet remporté cinq victoires consécutives à Indiannapolis (entre 1983 et 1987) et deux championnats de la série avec des voitures pilotées par Al Unser en 1985 et Bobby Rahal en 1986.

Parmi les autres triomphes de March, notons le championnat de la série IMSA de Al Holbert à bord d’une March 83G à moteur Porsche. L’année suivante, March et Porsche en remettront avec une victoire au 24hres de Daytona et le championnat IMSA GTP 1984.

Les Formules 1 March/Leyton House

En 1995 Rivard Compétition entreprit la restauration de cinq Formule 1 March/Leyton House conçues par Adrian Newey munies de moteurs Judd V8 3.5L (650 hp) anciennement conduites par Ivan Capelli et Mauricio Gugelmin entre 1988 et 1990. À son arrivée chez March, Adrian Newey en était à son deuxième emploi en Formule 1 après un séjour fructueux en Indy Cart. Déjà, il avait bâti une excellente réputation dans le milieu et les performances surprenantes de ses voitures March allaient révéler pourquoi il deviendra plus tard, un des directeur technique et concepteur les plus respecté de l’histoire de la Formule 1.

 

Malgré quelques signes encourageants, le tournant de la décennie fut davantage marqué par des résultats mitigés ainsi que par un manqué de constance des voitures March. Tout de même, Capelli a remporté une troisième place au cours de la saison 1988 et une deuxième place en 1990, tandis que Gugelmin a réussi à placer sa March sur la deuxième marche du podium lors du Grand Prix du Brésil de 1989. Rien pour écrire à sa mère, vous direz, mais il importe de mettre ces résultats en perspectives puisque les March à moteur atmosphérique évoluaient à une époque où les McLaren Turbo d’Alain Prost et Ayrton Senna étaient pratiquement intouchables. À cette époque de cohabitation des moteurs turbo et atmosphériques, la parité était un concept complètement étranger à la Formule 1.

 

 

Références

Marchives – Archives of March Engineering

http://www.marchives.com/

 

 


[1] Ronnie Peterson a gagné le championnat de Formule 2 en 1971, suivi par Jean-Pierre Jarrier et Patrick Depailler (1973 et 1974 respectivement). Quelques années plus tard, Bruno Giacomelli (1978), Marc Surer (1979) et Corrado Fabi (1982) ont poursuivi la domination de March en Formule 2. Tous étaient à la barre de voitures avec moteurs BMW.